Le divertissement et les industries culturelles représentent des leviers sous-estimés de l'économie ouest-africaine. En Guinée, alors que la musique monopolise traditionnellement les investissements et les parrainages, un glissement stratégique s'est opéré à Conakry. La structure Maroff Global Business, dirigée par Madame Mariam Maroff Camara, a lancé la première édition des Pèssè Awards ce vendredi 12 juin 2026 à l’Hôtel Kaloum.
Cet événement marque une étape décisive : il ne s'agit plus simplement de distribuer des trophées de courtoisie, mais de structurer un secteur économique à forte rentabilité, capable de capter l'attention des multinationales et de projeter l'identité culturelle guinéenne à l'international.
Un pont entre mémoire culturelle et opportunités Web
L'originalité des Pèssè Awards réside dans sa capacité à fédérer toutes les générations du grand écran guinéen. L'initiative répare une anomalie en honorant les pionniers des sitcoms populaires des décennies passées — à l'image des figures des troupes mythiques comme Massalamissali ou Sodia — tout en propulsant la nouvelle génération de créateurs de contenu sur internet.
La grille des 14 catégories en compétition illustre parfaitement cette volonté de cartographier l'ensemble de la chaîne de valeur du divertissement :
- Le Cinéma et la Télévision Classique : Récompensant les meilleurs réalisateurs, scénarios, films, ainsi que les acteurs et actrices (principaux et secondaires) de téléfilms.
- La Révolution Numérique : Mettant en lumière les catégories de "Meilleur comédien web" et "Meilleur duo comique web de l’année", des profils qui cumulent des millions de vues et représentent aujourd'hui des canaux publicitaires massifs pour les marques locales.
- La Scène Vivante : Consacrant le "Meilleur One-man-show" et la "Meilleure troupe", au cœur de l'économie du spectacle vivant.
Pour garantir la crédibilité de l'événement face aux sceptiques, la direction de la communication, pilotée par Mohamed Chérif, a tenu à désamorcer toute ambiguïté : malgré la résonance soussou du mot "Pèssè", l'événement se veut 100 % national et inclusif, ouvert à l'ensemble des expressions linguistiques et des communautés du pays.
La culture comme vitrine du Soft Power et du Contenu Local
L'organisation des Pèssè Awards s'inscrit en ligne droite des récents lancements de la "Vague 1 du Pilier 2 de Simandou 2040" par le ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, sous la direction de Moussa Moïse Sylla. L'ambition étatique est claire : transformer le potentiel créatif guinéen en une industrie lourde créatrice de valeur et d'emplois durables.
Cette exigence de qualité s'est ressentie dans les détails logistiques et marketing de la soirée. Marrainée par la star Djelykaba Bintou et honorée par la présence de figures de premier plan comme Aya Diawara, la cérémonie a imposé un code vestimentaire strict valorisant les textiles artisanaux guinéens : le Kendili, le Leppi et la Forêt Sacrée. Pour les tisseurs et artisans locaux, cette exposition sur un tapis rouge ultra-médiatisé offre une opportunité commerciale inestimable, reliant directement la haute couture guinéenne à la bourgeoisie d'affaires et à la diaspora présente à l'Hôtel Kaloum.
Même la sécurité et la rigueur de l'accès à l'événement (filtré dès le Pont du 8 Novembre sur présentation stricte d'une pièce d'identité) ont démontré que les promoteurs culturels guinéens appliquent désormais des standards d'organisation internationaux, indispensables pour rassurer les sponsors corporatifs de premier choix.
